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200_HeleneBerr.jpgHélène Berr « Journal 1942-1944  »
Suivi de « Hélène Berr une vie confisquée » par Mariette Job
Tallandier 2008

Hélène Berr est parisienne, elle a 21 ans, son bac et une licence de lettres. Elle est bilingue, lit Shakespeare dans le texte et prépare une thèse de doctorat sur « L’interprétation de l’histoire romaine dans Shakespeare »  Elle est belle, vit dans un milieu aisé, se demande si elle n’est pas amoureuse…. « Sur le boulevard St Michel plein de soleil et inondé de monde ». Imprégnée de la poésie et de la littérature anglaise, elle serait sans doute devenue une écrivaine  pleine de délicatesse. Mais Hélène est juive. Sa jeunesse, sa beauté sa fraîcheur ignorent  la barbarie de son temps et le mal absolu qui l’attend. Troublée par son époque, elle commence à écrire sont journal en avril 1942 : « Pour ne pas oublier ».

Elle y consigne les évènements  de sa vie quotidienne, les premières vexations dont elle est l’objet, son effroi devant l’étoile jaune qu’elle fini par porter pour « éprouver mon courage », l’abîme infranchissable qui s’ouvre en elle le jour ou son père est arrêté par la Gestapo.
Elle interrompt son journal le 28 novembre 1942. Les déportations et les souffrances existent toujours mais, dit–elle, « les raisons d’espérer sont immenses »….
Elle reprend son journal le 25 août 1943 parce qu’elle est convaincue «  qu’il faut qu’elle écrive la réalité, toute la réalité des choses tragiques que nous vivons en leurs donnant toute leur gravité nue, sans la déformation des mots ». Audacieuse au point de défier l’impossible, elle  se fait  un devoir à d’écrire. car « il faut que les autres sachent ». C’est le seul devoir qu’elle peut s’attribuer. Cette deuxième partie de son journal est animée par le désir de laisser une trace écrite : de l’histoire  dont elle anticipe la fin sans pourvoir la dire. Pour expliquer, pour s’expliquer ce qui lui arrive, elle va mobiliser tout son savoir littéraire,  espérant y trouver là, le sens de quelque chose qui résiste à toute signification, à toute compréhension.L’acte d’écriture d’Hélène Berr est très proche de ce qu’évoque Jorge Semprun, écrivain rescapé de Buchenwald dans son texte « L’écriture ou la vie »1.  On ne peut exorciser la mort par l’écriture car écrire renvoi à la mort. En novembre 1943, Hélène a compris. Elle signe son projet d’écriture par ces mots : « La seule expérience de l’immortalité de l’âme que nous puissions avoir avec sûreté, c’est cette immortalité qui consiste en la persistance du souvenir des morts parmi les vivants » Hélène Berr est arrêtée le 8 mars 1944. Elle meurt au camp de Bergen-Belsen en avril 1945, elle a 24 ans.

Louvet André
Le 11 octobre 08


Semprun Jorge « L’écriture ou la vie » Gallimard 1994
Cinquante ans durant ce manuscrit n’a existé que comme un douloureux trésor familial. Transmis en 2002, au Mémorial de la Shoah par un membre de sa famille, le Journal  d’Hélène Berr est devenu un texte mythique.

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